Pentti Sallammathi

Avec l'Atheneum, centre culturel de l'Université de Bourgogne

Les textes écrits lors de l'atelier d'écriture créative du
10 octobre 2022

où il est question d'innombrables tiroirs, de terrains vagues, de coquelicots... 
en écho, des textes d'Emmanuel Hocquard, d'Orhan Pamuk, de Christian Bobin.

Un jour, au cours d’une promenade hivernale, j’ai vu un coquelicot...

 

Puis le monde s’est arrêté, et mon cœur aussi.

 

Les yeux trempés d’amour, je fus touchée par ce coquelicot qui se distinguait de son environnement. 

Ce n’était pas sa place, mais il était là.

 

Ce coquelicot est le miroir de mon cœur. Torturé par le temps, rouge sang et fleuri de solitude. 

 

Et mon cœur aspiré par ce tourbillon de plénitude semble se remplir. 

Mais le restera-t-il ?

 

Wilfrida Tendresse 

Un jour, enfant, au cours d’une promenade, j’ai cru que j’allais faire la une du journal télévisé. Tous les dimanches, après un plat de coquillettes au roquefort ou alternativement de poisson sauce moutarde – les deux plats que papa maîtrisait à la perfection – nous partions Papa, Babette notre petite chienne et moi en balade dans nos collines voisines.

J’avais six ans, j’adorais marcher et j’avais plutôt un bon rythme pour mon âge contrairement à Babette qu’il fallait systématiquement porter sur le chemin du retour.

On discutait des prochaines vacances, de Winnie l’ourson, je posais inlassablement les mêmes questions « Et comment elle s’appelle tata Monique ? » Et mon père me répondait « Chantal » ou « Joachim » suivant son humeur.

On ramassait des cailloux, des feuilles, des bouts de bois. A mi-parcours, on faisait une pause pour écouter les oiseaux, les loups, les éléphants.

Et ce jour-là, alors que je ne reconnaissais pas le paysage, papa me dit d’un air grave « Ma puce, je crois qu’on est perdu ». En une fraction de seconde, je me suis vue passer la nuit dans les collines, j’ai imaginé Daniel Bilalian annoncer que nous étions portés disparus et que des hélicoptères étaient envoyés à notre recherche ; que le lendemain la maîtresse d’école allait annoncer à ma classe mon absence pour une durée indéterminée…

Je suivais Papa, il me disait « T’inquiète Mistinguette, on a des pommes, puis on pourra se construire la même cabane qu’Huckleberry Finn ». On marchait, on virait, Babette dans les bras de Papa, j’ai cru qu’on approchait Paris vu les kilomètres qu’on parcourait.

Mais tout à coup, je reconnus au loin la maison de Mémé. A ma grande déception, ma photo ne passerait pas au 20h.

Ce soir-là, avant d’aller me coucher, je tentais quand-même un « Dis Papa, on pourrait faire semblant d’être vraiment perdus, et comme ça demain, je ne vais pas à l’école ? »

                                                                                                       Véka

Un jour, au cours d’une promenade, j’ai vu le ciel bleu ainsi que le soleil qui brillait, qui redonnait un brin d’espoir. Les fleurs étaient en train de s’ouvrir, elles étaient rouges et brillantes. Tout d’un coup, un gland tomba par terre mais discrètement, sans faire de bruit. Un écureuil peureux voulut le récupérer, il regardait à droite, à gauche pour voir s’il n’y avait pas d’embuche sur le chemin. Mais un oiseau vola à fond en direction du gland. C’était un aigle. Il ouvrit ses pattes et s’en empara à l’aide de ses griffes. L’écureuil était déçu. L’aigle posa le gland dans son nid. Tout d’un coup, le paysage s’assombrit, que de brouillard. Ensuite vient la pluie et l’orage. L’orage fit tomber le nid où le gland se trouvait. Et il tomba dans les hautes herbes. L’écureuil chercha mais il ne trouva rien. Il attendit la nuit. La nuit, un miracle se produisit, une étoile brillait de mille feux et lui indiqua la direction du gland. Il le retrouva dans la mer, dû au fait que le vent avait beaucoup soufflé. Puis l’écureuil revint tranquillement dans son petit coin de nature et repartit sans laisser de traces, sauf son gland. 

Adrien Lepetit

Un jour au cours d’une promenade, j’ai rencontré un arbre bien enraciné, paisible, majestueux dont les branches formaient une géométrie de toute beauté et indiquaient une direction.

Quelle direction ? celle des origines, celle de la vie, celle de la patience, de l’observation, de la poésie, de l’imaginaire, l’envie d’aller plus haut et loin pour découvrir, me ressourcer, et m’enrichir mais surtout de ne pas rester statique dans l’attente de nulle part .

De le regarder, j’ai fini par trouver la force de l’admirer, d’espérer devenir un arbre.

Pourquoi faire, me dis-je ?

Pour regarder, explorer avec sérénité ce qui m’entoure, cheminer dans les branches, sauter comme les mots de feuilles en feuilles pour danser avec le vent, voyager, rêver à un autre monde avec plus de solidarités, de fraternité entre les êtres, partager les idées, les confronter, pour grandir tout simplement.

Nadine Sébille

Un jour, au cours d'une promenade, munie de mon appareil photo, prête à capturer… Plus loin, la vache seule dans son pré, elle m’a vu faire. Elle a tout de suite pris la pose, elle a compris d’emblée : elle a fait sa belle. Je l’ai aimée tout de suite même si je l’ai laissée à son champ. Je pense encore à elle de temps en temps .Si vous voulez je vous montrerai son portrait. Une vache avec une belle présence, qui joue avec l’appareil photo et moi !

Comment peut-on imaginer que les animaux nous sont inférieurs ?

Plus bête encore : pourquoi se croire bête alors que les bêtes sont parfois plus futées que nous ? La belle et la bête, en voilà une histoire !

La bête immonde qui surgit du fond du monde...

La bête ignoble n’est pas pire que l' humain qui torture.

Par contre le coq dans sa basse-cour est le représentant animal du macho dans toute sa splendeur. Il ne peut trouver grâce à mes yeux. Il faudrait que j’utilise les deux petits yeux brillants et fascinants du chien noir sur la photo de Solovki (Russie 1992 )

Deux points lumineux comme deux puits m’aspirant vers l’infini ou le néant .Ses yeux éclairent dans le noir de sa robe.

Profondeur vers un univers qui m’échappe. Ce ne sont pas des yeux d’homme avec du blanc et la pupille au milieu de l’iris et pourtant son regard m’accapare. M’invite-t-il vers un futur par deux sentiers oculaires ? M'emporte-t-il dans le monde anima…?

 

Thérèse Sellier

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UN JOUR AU COURS D'UNE PROMENADE

 

Un jour au cours d'une promenade, la fin d'une route, le début d'un chemin creux, chemin de procession qui mène à la cathédrale végétale,

J'entre dans la forêt sans intention, sans y prêter attention, et sans invitation non plus,Le monde végétal, s'il se montre, ne pratique pas l'hospitalité pour les humains,

 

La douce chaleur de ce début de printemps a fait place à la froideur et l'humidité des résineux. Leurs troncs, interminablement sombres, semblent se serrer pour me refuser l'entrée sur leur territoire,

Je marche lentement, incertaine et impressionnée. Les insectes, tout au printemps, semblent exubérants sous cette voûte touffue.

Le chant du coucou m'arrache un sourire, je n'ai pas un sou en poche !

Le chemin virage, tortue, monte et descend, fait le dos rond,

Quelques traces humaines, le reste d'un feu, des coupes de bois,

Plus loin dans la forêt, des bruits furtifs

Quelques petits animaux craintifs

J'avance toujours le nez en l'air

Dans cette contrée étrangère,

Les résineux se font plus rares, la forêt s'efface et laisse place à une clairière de lumière, comme un vitrail échappé. Des fleurs timides, des insectes affairés sur un tapis amande.

Enfin, les voici les seigneurs, les seigneurs des contes qui font peur aux enfants, les grands arbres, les grand chênes. Combien de paires de bras pour les enlacer ? Leurs racines énormes courent et soulèvent la terre, leurs troncs comme des mats, leurs branches interminables et charnues portent des feuilles nouvelles nées et timides, d'un vert tendre

Une histoire de temps, une histoire de siècles, une histoire de longévité et de stabilité,

Ces témoins du temps, ces gardiens de mémoire, de silence, de chants, de chaleur, de nuits étoilées, d'hivers givrés m'attrapent doucement,

Je m'approche, je m'arrête, conquise et comblée. J'ose effleurer l'écorce d'un de ces arbres, son écorce rugueuse est cependant agréable au toucher. Je le remercie de ce qu'il me donne, de ce qu'il procure aux habitant de la forêt, Une prière païenne maladroite dans cette cathédrale végétale,

Le temps passe, je ne m'en rends pas compte.

 

Au loin, des voix qui se rapprochent, Puis le bruit de la tronçonneuse, mélodie hideuse, déplacée et insoutenable qui me ramène au présent.

Il est temps à nouveau de reprendre le chemin, le cours du temps et de retrouver mon quotidien.

 Emmanuelle POINSENOT

GLANAGE SUR PHOTOS DE PENTTI SALLAMMATHI

 

Le bout du monde

La fin d'un monde

Fait de terre et d'eau

 

Le chien à sa fenêtre,

Comme une commère

A qui cause t-il ?

 

Youpi fait le chat

Son corps tout de joie tendu

Fendant l'espace

Sous le regard perplexe

De son congénère placide,

 

Que ce fût possible,

Le singe n'en était pas sûr

Rester assis confortablement sur la chèvre

Sans qu'elle ne devienne chèvre !

 

Joyeux le chien qui s'en va faire les courses

Dans sa gueule, un sac à main

Mais où est passée la grand-mère,

La grand-mère qui devait aller au marché ?

 

Il ne portera pas le poids du monde

Mais la tendresse d'un enfant

Bras et pattes emmêlés

Dans un sommeil profond

 

Une lune de mer  

Pour les deux poneys

Qui contemplent ébahis

Les vagues en furie,

 

Terrain de jeu, le ciel

S'habille d'oiseaux

Comme les feuilles de l'arbre

Devenues cerfs-volants

 

Le terrain vague erre comme la pensée

Du mécanicien amateur

Qui les mains dans le moteur

Interroge du regard

Le corbeau goguenard

Aurait-il la solution ?

 

 

Douze d'absence, cela compte

Et la petite fille

Image du Chaperon Rouge

Se rend dans un nouveau conte,

 

La maison, les chiens, la cabane,

L'homme immobile et seul sur son cheval

Saisit la maigreur de ses possessions

Et l'immensité de son royaume, la steppe

 

Le bout, le bout du monde

Noir et blanc,

Blanc et noir

 

Emmanuelle POINSENOT