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Le carnet d'Agnès  p. 7

Chronique d’un réveil surprenant

En me réveillant ce matin après m'être assoupi humide et heureux, je me suis retrouvé parachuté au milieu de la cuisine posé curieusement devant un bol au son de la radio sur le tabouret de mon propriétaire.

Droit comme un i, mon squelette métallique a pris une envergure osseuse où mes baleines au nombre de 10 ont acquis l' allure de doigts humains finement articulés qui ont instinctivement empoigné le bol en faïence.

Que dire de mon manche si joliment sculpté en bois, le voilfi en chair et rebondi, posé sur ce tabouret inconfortable d'où s'échappent des guibolles qui s'achèvent par une série d'orteils peinte de couleurs curieuses.

Mon Dieu, serais-je devenue une femme ?

Le bol m'échappe et lfi je m'aperçois que ma magnifique armature en tissu imperméable dont j'adore entendre le doux bruit lorsque mon propriétaire appuie sur le petit bouton a fait place fi un immonde peignoir qui sent le tabac. Ma nouvelle carapace a failli être ébouillantée mais heureusement le café est désormais froid.

Je viens de prendre conscience que je ne m'ouvrirai plus sous les nuages et les pluies diluviennes. Désespoir profond.

 

Le sommet de mon armature s’est réduit fi une chevelure courte et frisée dans lesquelles ce qui me sert de doigts n'a aucune envie de s'égarer. Trop touffu, pas assez lisse. Atroce sensation. Me voilfi également doté d’une bouche. Horreur ! Elles sont gercées. Mes lèvres. Un nez digne de Cyrano et de petits yeux fatigués sous des paupières bien moites. Je mesure que je viens d'hériter d'un cerveau aussi. Un cerveau pour quoi faire d'ailleurs ?

Ce matin, dans cette cuisine, devant un bol de café vide, j'aurais préféré me réveiller dans mon vieux pot en céramique encerclé dans ma lanière par mon indélicat propriétaire au peignoir crasseux.

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