AU FIL DU PROGRAMME

Croire aux fauves

Avec l'Atheneum, centre culturel de l'Université de Bourgogne

Les textes écrits lors de l'atelier d'écriture créative
du 8 décembre 2021

où l'on se métamorphose...

En me réveillant un matin après des rêves agités, je me retrouvais dans une cave remplie d’alcool en tout genre. Bouteilles de vodka, de gin, de whisky, fûts de bières en grande quantité. Beaucoup gisant.e.s au sol. En tournant la tête, très difficilement, j’aperçu l’origine du bruit m’ayant tirée de mon sommeil : le patron du bar d’en face de chez moi vociférait, plus énervé que d’habitude, mais ne pouvant hausser le ton (la tonalité de sa voix habituelle me permet, de chez moi, d’entendre toutes ses conversations téléphoniques, ses réprimandes envers l’unique serveur, etc.).

Etant rassurée quant à l’origine de mon réveil, je me concentrais sur mes autres ressentis et interrogations. La première : que diable faisais-je dans la cave du bar au réveil ? Pourquoi me sentais-je si lourde ? Péniblement, j’essayais de tourner la tête à nouveau. Incompréhension totale face à ce que je vis. J’avais terminé tard le travail la veille, j’étais directement rentrée chez moi, aucune drogue consommée. Qu’était-ce donc que cette hallucination ? Mon corps était énorme, rugueux, gris. Mes poils avaient en partie disparus et un gigantesque truc, qui ressemblait à un immense tuyau d’arrosage, me pendait au visage.

Tout à coup, j’entendis un bruit jusqu’alors inconnu. Le bruit était inconnu mais mon corps, certes ayant bien changé, reconnu la sensation : un orage approchait. Qu’était-ce que ce bruit accompagnant mon ressenti ?

Pas le temps d’y réfléchir, j’en entendis un autre, tout en sentant quelque chose bouger sous mon corps. J’avais l’impression d’avoir écrasé un chaton qui miaulait. Je ne parvenais pas à me lever. J’entrepris donc de rouler sur le côté pour libérer la pauvre bête. Mon voisin se débattait pour sortir de sa prison.

Qu’avais-je bien pu faire cette nuit-là pour me retrouver dans un tel corps, faire s’effondrer deux étages et emporter mon lit et mon voisin dans ma chute ? Mais aussi et surtout, puisqu’il faut vivre en regardant l’avenir, comment allais-je me sortir de tout ça ? De la cave, de l’immeuble, de ce corps… Une grande peur m’envahie : il fallait vite que je trouve une solution. Tout sauf finir dans un cirque. J’avais déjà donné et ce n’était pas de cette manière que je souhaitais y retourner !

Anouk

“En me réveillant un matin après des rêves agités”*, j’étais complètement perdu, débordé, je ne ressentais à la fois rien et tout. Je venais de sortir d’un horrible cauchemar, le même depuis plusieurs semaines. Je suis au bord de l’eau, tout est paisible, le bleu du ciel se reflète sur le dos lisse de la mer, une surface aussi calme que l’étendue d’un lac. Ce paysage me renvoie sans cesse à ce jour où après avoir marché dans le sable, la femme que j’aimais me demanda ma main, peu de temps avant le tsunami. Celui qui emporte tout, tout ce qu’on a construit, aussi bien les souvenirs, l’enfance, nos murs, et jusqu’au temps.

Et soudain, avant que je ne me perde définitivement, une gigantesque lame se lève, s’étire, se tend comme un écran jusqu’à cacher le ciel. Puis elle s’avance vers nous, grondante, impitoyable, inéluctable, mortelle. Au moment où elle s’abat sur notre sort, je me réveille en sursaut, tremblant et suant de peur et de soulagement.

Cependant, quelque chose a changé. Ce matin, les sensations habituelles se modifient. Des larmes coulent toujours au réveil, en abondance sur mon visage sans que je ne contrôle quoi que ce soit, elles finissent généralement par se tarir. Pas ce matin. Pas cette fois. Cette fois il n’y a pas de fin, juste des larmes qui coulent indéfiniment, m’inondent, sans cesse, telle une fontaine de jouvence qui ruisselle, sans discontinuer, infatigable. Je perds des eaux. Je vais mourir ici, vidé, asséché, mais non, je ne sens rien, rien que de l’eau qui fuit mon visage. Des perles de sueur glissent le long de ma nuque, se rejoignent pour devenir filets par dizaines. Je ne sue plus, je suinte, je coule, comme si des fissures craquelaient mon corps pour libérer toute l’eau accumulée depuis des années. Les larmes deviennent torrent, mes yeux sont deux sources inépuisables, ce que je prenais pour de la sueur se révèle en fait un long fil d’argent, inondant mon dos, ou bien est-ce mon dos qui se fond dans l’eau ? Mes bras ruissellent comme des réservoirs de pluie. Je ne sens plus mes jambes ni mes pieds, je n’ai plus d’extrémité. Mon ventre est un centre, un puits, le régulateur. Je n’ai pas chaud, mais pas si froid. Je ne ressens aucune douleur, juste une légère brûlure au niveau de mes yeux qui voient trouble. Je vibre comme un tambour, une sensation de rapidité qui s’intensifie, des remous qui m’agitent, je ne sais plus si ce sont les palpitations de mon cœur ou le choc de deux eaux. Je dois aller vite, aucun retour en arrière possible, pourtant je ne bouge pas, je ne fais que m’écouler, sans amont sans aval, sans chemin à suivre. Alors pour cette fois, tout comme la rivière en furie, je cesse de déborder, je retourne dans mon lit.

Lorette

En me réveillant un matin après des rêves agités, je me retrouvai en boule dans mon lit, les couettes éparpillés. Plus rien ne me recouvrait mais je sentais mon corps rayonnant de chaleur. Je soufflai... Une fois, deux fois. Mais qu'est-ce qui me chatouillait ainsi le nez ? Ouvrant doucement les yeux, une touffe mouvante s'offrait à moi. Mais qu'est-ce qu'elle me voulait celle-là ? Ni une ni deux, je suis debout sur mes quatre pattes, tournant sur moi-même pour chasser l'intrus. Attendez... Sur mes quatre pattes ! Je me stoppais net. J'étais sur le point de me questionner quand un soudain flux sensoriel m'enveloppa. Assourdissantes étaient les odeurs, la mienne, celle de toutes les personnes étant passées dans cette chambre, que je pouvais maintenant presque tracer. Enivrants étaient les sons, surtout ceux des oiseaux qui me faisaient dresser oreilles, des feuilles s'entrechoquant entre elles, des griffes de cet écureuil grimpant cet arbre. Ma queue frémissait sans que je le veuille. Ces oiseaux... Je salivais. Par la fenêtre ouverte, je m'extirpai de ma chambre. Les questionnements, ils seraient pour plus tard, j'avais un instinct à satisfaire. Et je m'élançais à toute vitesse vers ces bêtes volantes si alléchantes, qui ne voulaient décidément pas se laisser attraper. Mes griffes s'enfonçaient dans la terre meuble alors que je courais, la gueule ouverte, la langue au vent, à en perdre haleine. Tout était si... stimulant. Alors même que je poursuivais un oiseau, du coin de l’œil, quelque chose attira mon attention... Un attroupement de bipède, une balle jaune à la main. Alors que je ne pouvais contenir mon excitation, une alarme hurlait dans ma tête. Quelque chose n'allait pas... Mais cette balle, je ferai tout pour l'avoir ! Lancez-la ! Et alors que je vis la balle former un arc de cercle au-dessus de moi, l'alarme continuait, lancinante. Un attroupement de bipèdes ? Des humains plutôt ! Humain... Mais je suis humaine pourquoi me lancent-ils une balle ? Est-ce que je serai devenue… La balle s'écrase sur le sol, rebondit. L'instinct reprend le dessus, les questionnements s'en vont, les stimulations reprennent. Quelle est belle finalement la vie de chien.

 

Noémie Durville

En me réveillant après des rêves agités, la lune bleue me happa immédiatement alors que mes yeux décillaient. Je voyais son reflet net sur l’eau limpide du lac, sur la plage duquel j’étais allongé. Il faisait encore nuit. Il devait faire encore froid, mais étrangement j’avais chaud, j’étais encore engourdi par la nuit, j’étais bien.

Cette sensation tranchait avec les vagues souvenirs de la soirée précédente. Trop d’alcool, trop de gens et de conversations. L’envie d’être seul. Je me suis perdu dans le brouillard, ma voiture, à un moment, s’est plantée dans un arbre. J’ai poursuivi à pied, transi de froid. Complètement paumé, ivre et joyeux de respirer le grand air, je me rappelais m’être endormi près de l’eau. Et à présent, en me relevant, lentement, je me suis machinalement frotté les bras, comme pour faire tomber la poussière. Sensation bizarre ; j’ai regardé et j’ai vu tous ces poils. Depuis combien de temps étais-je ici ? Une seule nuit ? Impossible ! Mes poils ne poussent pas aussi vite. J’aurais dû être inquiet, mais je me sentais bien. Peinard, au chaud, personne pour m’emmerder. Je partis rapidement, étonné par ma vélocité. Tout sentait fort. La nature se réveillait, j’avais les crocs. Depuis combien de temps n’avais-je pas mangé ? Je me mis à courir plus vite, pistant les odeurs qui aiguisaient ma faim.

Qu’est ce que je cherchais ? Une boulangerie, des croissants ? Cette idée me donnait la nausée. Etonnament et alors qu’il était à peine l’heure du petit déjeuner, je me mis à penser furieusement à une bonne blanquette. Je voulais en fait bouffer un veau. Je ne pensais plus qu’à ça et mon ventre hurlait famine. Au détour d’un chemin, d’abord je l’entendis et je sentis ce mélange de transpiration et de déodorant très irritant, désagréable. Je ralentis le rythme et mon instinct me poussa soudain à avancer à pas de loup. Je ne me rappelais pas avoir été aussi agile et discret à la fois. Je la vis soudain, superbe. Membre de l’espèce femelle pleine de vigueur, elle semblait étirer ses membres et reprendre son souffle. Je l’observais en me déplaçant doucement. Elle ne me voyait pas. Elle ne devinait même pas ma présence. Je bavais à l’idée de la croquer. Elle se retourna soudain et poussa un cri d’effroi, les traits déformés…

Nicdasse

En me réveillant un matin après des rêves agités, je sentis que mon lit était grand, large, long…. si vaste…

Je m’étendis et vis ma petite main verte… Ma petite main verte ???

Je sors du lit et tombe de 40 mètres, ouf un petit parachute dans mon dos amortit la chute.

Miroir, miroir, mon beau miroir, où es-tu ? Je m’élance, le petit parachute se remet en marche, mon miroir est aussi gigantesque qu’un mur d’immeuble, je regarde et Oh My God je suis…sublime !! Mes yeux si ronds, ma peau si lisse, mes oreilles sont des antennes toutes mignonnes et j’ai des ailes ? Je suis un ange ! Un ange de ma couleur préférée, le vert de la nature, le verte de la menthe… oh mais je suis une mante !!

J’enfile mon peignoir, il me recouvre complètement, on croirait une religieuse… je suis une mante religieuse !

Je sors dans le jardin, je suis dans mon élément, les immeubles sont des fleurs, je peux voler, je peux pivoter totalement ma tête, je suis petite, frêle et pourtant si puissante, je suis le symbole de la force dans le monde des insectes comme l’est le lion dans la savane.

Et c’est à ce moment que je le vois, je fais le double de sa taille, mon port de tête est bien plus élégant que le sien, c’est quoi ce truc qui me ressemble mais en moche? Oh ! C’est un mâle……

Je suis une dominante, une prédatrice, une vorace, je suis un étendard féministe !

Viens là mon coco, tu veux jouer avec moi ?

Quelques secondes plus tard, je me délecte de ses mini-pattes, c’est vrai que ce n’est pas mauvais les insectes grillés…

Véka