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Nouvelles-instant

Avec l'Atheneum, centre culturel de l'Université de Bourgogne

Les textes écrits lors de l'atelier d'écriture créative du
lundi 27 mars

où nous écrivons à plusieurs, façon "cadavre-exquis", avant d'écrire individuellement une nouvelle-instant

Un corps presque parfait

 

Il est planté sur le sol sous cette pluie battante et ce vent persistant. Evidemment il est désorienté et trempé mais n’a qu’une hâte : ouvrir l’AT. Alors qu’il tourne la clé dans la serrure, il ressent un profond soulagement. “Je suis chez moi” se dit-il intérieurement. Il se dépêche, court dans les loges, il faut tout installer, sortir les gougères et le crémant. Dans moins d’une heure, l’exposition Anatomies ouvrira avec les magnifiques sculptures en papier mâché du docteur Auzoux. Ces pièces sont rarement dévoilées, et ont servi des dizaines et dizaines d’années auparavant aux étudiant.es en biologie végétales, pour les sculptures de fleurs, et aux étudiant.es de médecine pour les corps humains avant d’avoir de vrais cadavres à disséquer. 

Il est fier de faire découvrir ces pièces complètement démontables et remontables tel un puzzle en 3D.

C’est en installant les flûtes qu’il entendit LE bruit. Pourvu que ce soit un carton de verres qui soit tombé. Non. Il se retourne angoissé… Ouf ! Toutes les fleurs sont debout et entières. Il jette un oeil dans la pièce à côté et Oh punaise! Des morceaux de corps humain au sol… Aucune casse, le papier mâché reste une matière très solide, mais dans cinq minutes, il ouvre au public et il est impossible de présenter un corps sans joue droite ni mâchoire, des côtes, un poumon, un bout d’intestin gisent également au sol.

Il a chaud, ne sait plus quoi faire, n’arrive pas à reformer ce corps, dans quel sens ça peut aller ?

Pas le choix, il laisse entrer le public, débute la présentation par la première salle des végétaux. Tout en expliquant l’exposition, il ne pense qu’au corps disloqué et au prof qui lui avait dit de ne surtout pas le toucher afin de le rendre intact et complet. 

Au moment d’entrer dans la salle d’anatomie, il sourit et déclare “Maintenant, à vous de jouer, vous allez devoir repositionner quelques organes afin de reconstituer ce corps humain!”

 Cédrica Moussella

L’ombre ou la lumière

 

Qu’est ce que c’est drôle ! Elle se dit qu’elle a vraiment bien fait de s’inscrire à ce spectacle qui porte bien son nom « Rire ». Pour le coup, elle en a mal aux côtes tellement elle rit !

Au moins, elle oublie ses soucis et ne pense plus au choix qu’elle va devoir se résoudre à faire.

Mince ! L’illusionniste la regarde. Non ! Il ne va pas la faire monter sur scène ! Elle s’empourpre et regarde ses pieds ! Ses voisins lui font signe qu’elle est appelée sur scène ! Elle n’entend rien. Qu’un brouhaha inaudible … Et on ne sait comment la voilà bel et bien sur scène malgré elle…

L’héritier de Mesmer lui baragouine des mots inaudibles jusqu’au premier claquement de doigts. Et là, la magie noire opère !

Elle se retrouve dans la peau de Shakira et se déhanche sur Waka Waka complètement en transe, comme téléguidée !

Mais non ce n’est pas elle ! Ce n’est pas possible ! Non elle n’est pas en train de se ridiculiser là ! Elle les voit tous dans le public se tordant de rire en la regardant. Comme elle à leur place cinq minutes plus tôt.

Et puis second claquement de doigt !

Elle rejoint le public, vidée comme métamorphosée, libérée ! Elle ne croit pas au hasard !

C’est la fin du spectacle. Son mari doit l’attendre en grognant comme à son habitude. Il aurait pu venir mais rien ne l’intéresse.

Est-ce que c’est le bon moment pour lui dire ce soir qu’elle le quitte ! Que ferait Shakira à sa place?

Encore le temps de réfléchir dans la voiture pendant le trajet. S’il la dévalorise encore dans la voiturer, elle ne dira rien. Et demain pendant qu’il est au travail, elle fera ses valises pour de bon et elle partira.

Elle choisira la lumière à l’ombre.

 

Elyzab

Pervenche

 

Les yeux bleus d’Emilie sont délavés. Depuis longtemps chacun perd la couleur de ses yeux. Tous les genres sont mélangés : absurdité et chants religieux. Les corps broyés mais résistants continuent de vivre des expériences contradictoires. Comment y reconnaître les Ionescos et compagnie ? Peu importe. Tout est permis, Sartre repassera avec sa liberté qui s’arrête… Plus aucun frein n’existe. La chute est inévitable et même souhaitable car pour les plus patients les membres repoussent. Ce n’est pas une performance étrange, les -personnes transformées sont méconnaissables puis quelques indices restent. Pour les plus talentueux et heureux il est possible de retrouver l'aimé comme le détesté. Il est donc plutôt conseillé de développer sa mémoire multiple. Les couleurs, les parfums sont les meilleurs indicateurs, mais il n’est pas vain de se souvenir des fins de phrases telles que : 

-en fin de compte  -A brûle pour point -Inopinément

-Néanmoins - Au clair de lune

Tout compte : les mots et leur sonorité et leur couleur

Celui qui voit rouge finit en Chine 

Celui qui voit sang retournera au goulag

Aux yeux de qui résistera-t-on ? Nul ne le sait, c’est pourquoi de plus en plus de personnes portent des lunettes noires, préférant l’ignorance ou développant à qui mieux - mieux l’arnaque. Ainsi les bassines géantes servent - elles d'exutoires. Marinades infâmes où chacun boit ou succombe à l’apocalypse inévitable.

 

THELESTE Lundi 27-03-2023 ATHENEUM W-COllectif

Balade au milieu d'une forêt

 

Il se balade et ferme les yeux pendant plusieurs moments. Il se retrouve dans une forêt jaune, il se dit Pourquoi pas ? il faut accepter les couleurs. L'ambiance est bizarre, la forêt est silencieuse. Tout à coup, un chien aboie, mais lui, il s'enfuit de la forêt. Quelques mètres plus loin, il voit une porte qu'il ne veut pas franchir. Cette porte est rouge avec des symboles ronds ou carrés. Soudain, des étincelles sortent de la porte puis plus rien. Il pense à une illusion car les étincelles étaient de toute beauté. 30 minutes plus tard, il se décide à ouvrir la porte. Est ce un rêve ? Il tombe nez à nez avec des extraterrestres qui font une ronde autour d'un buffet. Ils se tiennent la main puis soudain l'un d'eux lui tend la main pour lui donner l'énergie nécessaire pour finir cette journée. L'extraterrestre claque des doigts et il retourne chez lui. Il est ébloui d'être revenu de cette manière mais n'a aucun souvenir de la journée.

Était ce un rêve ?, telle est la question.

 

SOHARDY

Shining revisité

 

Je me souviens de Max, ce soir de performance. Il faisait chaud, comme toujours en fait, depuis déjà des années. Il est arrivé perplexe, assez étonné d’avoir croisé en chemin un dinosaure. Mais il ne s’est pas attardé dessus, il a vite embrayé sur ses questionnements, passionné par la performance que l’on venait voir : qu’est-ce que la compagnie pourrait bien proposer ? C’était un peu osé de s’attaquer à Shining. Et à Kubrick aussi. Mais il aime quand les gens osent. 

Nous sommes entré·es dans la salle de théâtre. Puis la scène s’est éclairée. Tout à coup, un raffut venant de l’extérieur a tout stoppé net. Plus un bruit dans la salle, la peur nous avait tous.tes saisi·es. Max avait les yeux grands ouverts, et sans doute les oreilles aussi (mais trop peu perceptible). Il n’osa pas parler très fort, alors il chuchota : « je crois que j’ai compris, je crois que je sais d’où viennent ces bruits. » 

Le craquement des pierres sous la chaleur, il le connaît bien. Comme tout le monde d’ailleurs. Et tout le monde a très vite compris. Alors vraiment, personne n’a plus fait aucun bruit. A n’importe quel moment, tout peut basculer. Et tout le monde se demandait ce que Max se répétait en boucle dans sa tête : comment sortir d’ici vivant·es ? 

Ce souvenir me tord le ventre et ma respiration se fait de plus en plus discrète. En me souvenant du craquement, de Max et du reste, le silence me revient. 

Surtout, ne plus bouger. 

 

Ence

Mauvaises rencontres à l’Atheneum

 

Ce vendredi 16 mars 2007 à 17h15 elle rentre à l'Atheneum. Sans savoir ce qu'elle va trouver dans ce lieu.

Pour le moment, elle ouvre les portes et s'approche du comptoir car il lui faut avaler un café si elle ne veut pas s'endormir avant d'entrer dans la salle d'exposition.

Cette petite brune, aux cheveux courts, à l'air timide, suit les pas d'un groupe de jeunes afin d'être certaine de ne pas se tromper de salle. 

Soudain, elle sent une main qui se pose sur son épaule.

Elle sursaute, se retourne et reconnaît avec effroi l'affreux type qui l’a plus qu’importunée dans le tram en début d'après-midi et dont elle a eu le plus grand mal à se débarrasser.

C'est pas vrai, cela ferait 2h ou plus qu'il la suit ? 

Elle se dégage et tente de s'éloigner, profitant d'un coin obscur de la grande pièce.

Elle ne voit plus les couleurs, elle n'entend  que les battements affolés de son cœur.  Le type fait les cent pas devant la porte. Impossible de ressortir. Les flashs de lumière de l'exposition donnent à la scène une ambiance  grotesque, le bleu et le vert accentuent l'aspect maladif, quasi malsain de l'individu. Les jets de lumière jaune et rouge au contraire accentuent le côté  maléfique de la situation.

Que dire, que faire ?

Si elle hurle on va la prendre pour une folle …

Lui jeter la moitié de son café à la figure, en profiter pour s’enfuir ? 

En réalité, elle reste totalement paralysée, tétanisée. 

Aline

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