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Collecte de paroles

paroles

Avec l'ABC

association bourguignonne culturelle

Les textes écrits lors de l'atelier d'écriture créative du
10 décembre 2022

où l'on explore les variations et dis-fluences du langage oral avec Queneau et Lagarce...

Elle

 

Non mais il est cool lui ! Il sait où on est ou quoi ? Il se pointe la gueule enfarinée, au bout de trois heures pour me balancer que ce serait bien qu’on fasse vite parce qu’il a un golf à dix-sept heures. Et alors ? Qu’est-ce que j’en ai à faire, moi ? S’il voulait passer ses samedis après-midi à jouer au golf, il fallait choisir un autre job. En tout cas, moi, là, tout de suite, je ne vais sûrement pas faire vite. Je vais plutôt faire c’que j’peux, ouais, faire c’que j’peux, ce sera déjà pas mal. Et si ça ne lui convient pas, c’est pareil. Punaise, i’ croit quoi, lui ? Qu’il n’y a qu’à demander pour que ça s’fasse ? Si c’était le cas, je ne serais pas là depuis trois heures. Trois heures, merde, ça commence à être long ! À attendre que ça arrive. Si je m’sens prête ? Ben oui. Ben évidemment ! Il s’imagine vraiment que je suis venue me poser là, les pattes écartées et le cul à l’air juste pour voir, au cas où ? Ben voyons ! Ou alors monsieur veut juste faire la conversation, détendre un peu l’atmosphère avant le grand moment … Il ferait mieux de m’raconter une blague belge dans ce cas. Ça, ça m’f’rait p’t êt’ sourire. Mais sa fausse boutade sur le fait que je serais bien mignonne de lui offrir une expulsion expresse et sans complications, il peut s’la mettre où je pense. On va y aller ! Comment ça, on va y aller ? Il ne va quand même pas s’barrer maintenant ? Il n’manquerait plus qu’ça ! Être abandonnée en plein travail par mon gynéco qui a d’autres trous plus amusants à gérer. Remarque, ça m’f’rait une anecdote à raconter plus tard … Oui, je sais, on va y aller. Tu l’as déjà dit. Il se répète un peu le gars. Si avec ça, j’ai pas compris qu’il était pressé, c’est que je suis complètement bouchée. De toute façon, ce n’est pas lui qui va y aller, c’est moi ! Lui, il va juste se mettre au bout de la table, en position d’attrapeur de base-ball et essayer de choper mon bébé au bon moment. S’il regarde encore sa montre, je lui fiche un coup de talon dans l’œil. Je prétendrai que c’était un geste incontrôlé, il ne pourra rien dire. Ça lui f’ra les pieds ! Bon, allez, assez tergiversé. On y va ! Mmmmmmmmmmmmm !

 

 

Lui

 

Fait chier. C’est un super tournoi et, bien sûr, je me retrouve de garde, et, bien sûr, il y en a une qui va accoucher maintenant. Une primipare en plus ! Arrivée il ya trois heures, j’avais toutes les chances que ça prenne des plombes, qu’elle ne soit pas dilatée avant la relève. Mais non, bien sûr, il a fallu que cette conne arrive à complète trente minutes avant la fin de mon service. Pas le choix, il faut que je m’y colle. Y’ a intérêt que ça aille vite. Ça peut le faire, si elle n’est pas trop cloche et ne donne pas dans le cinéma habituel. Pourvu que ce ne soit pas une chochotte brailleuse ! J’suis pas d’humeur pour ça, là. J’ai pas l’temps. Si elle pousse efficace, j’ai encore une chance. Le bébé est dans le bon sens, la mère a un bassin large comme une autoroute, aucun problème en vue. Normalement, on devrait pouvoir régler ça en une demi-heure, et je pourrais arriver sur le green in extremis. Bon allez, on y va là ! On arrête de réfléchir et on pousse. De toute façon, ce n’est plus le moment de se poser des questions. Allez ! On s’y met ! Il est quelle heure, là ? Merde ! Déjà ! Faut vraiment y aller, là ! Wahou ! Elle me regarde méchamment. On dirait qu’elle a envie de me taper. Ah ! Enfin elle se décide. C’est pas trop tôt !

Hélène

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